22 juillet 2015

Mon Ti-t'Homme

Ce soir, comme à l’habitude en arrivant à la maison, j’ai ouvert ton sac. Fidèle à ma routine, j’ai pris ton agenda pour y découvrir une note de ton professeur ou pas, j’ai signé et regardé tes travaux et évalué ce que nous aurions à faire, ou refaire ce soir.

Ce soir, quand j’ai signé ta dictée, mon coeur s’est serré. Encore une fois.

Tu sais, quand tu es né, je savais déjà que tu étais et que tu serais une personne exceptionnelle. Et tu me l’as prouvé à maintes et maintes reprises jusqu’à maintenant, par ta force, ta compréhension, ta perspicacité, ta sensibilité et ta joie de vivre. En tant que maman, on veut le mieux et on s’imagine le mieux de notre enfant, dès la minute où il vient au monde. On l’imagine sur le podium d'une coupe du monde ou tenant fièrement un trophée durement gagné à bout de bras. On imagine qu’il sauvera des vies par son métier ou concoctera des recettes de grands chefs. On s’imagine que l’école, ça va être facile. La lecture, l’écriture, les mathématiques, simple comme 'bonjour'.

Mais on apprend parfois en cours de route qu’il y aura des embûches. Pour toi, l’embûche, c’est un déficit d’attention qui génère de l'anxiété. C’est un diagnostic qui a sonné très lourd dans mon coeur parce que je savais ce qui s’en venait. Je savais que ton anxiété te créerait parfois des problèmes. Je savais que te faire reprendre constamment, te ramener sur la terre parce que ton regard a fuit la classe, ça serait dur pour ton estime. Et je savais que peu importe les efforts que tu allais mettre, parfois on croirait que tu ne t’es juste «pas forcé» ou tu «faisais exprès de ne rien comprendre». Je savais aussi que c’est pour ça, parfois, que tu te découragerais facilement ou que tu penserais que tu n’es «pas bon» comparé aux autres. Je savais que de trop nombreuses personnes ne comprendraient pas ton problème et te diraient simplement: «assieds-toi, arrête de bouger et concentre-toi» quand au fond, tu n’es pas capable de te concentrer quand c’est nécessaire.

Ce soir, mon coeur s’est serré en voyant le petit nombre qui représentait un échec dans ta dictée. Mon coeur s’est serré parce que j’ai vu que tu faisais toujours les mêmes erreurs malgré les mots répétés, récités, réécrits 10 fois, 20 fois, 100 fois. Mon coeur s’est serré quand je t’ai demandé qu’est-ce que tu ne comprenais pas. Mon coeur s’est serré en voyant ton expression triste, qui me disait: «mais maman, j’ai fait de mon mieux». Je sais, Ti t'Homme, je sais. J’ai bien essayé de te dire que maman n’était pas fâchée, que j’étais fière de tes beaux efforts, que je te trouvais bon. Mais de t’expliquer que ta note signifiait l’échec, je n’ai pas su trouver les bons mots pour que tu sois quand même fier de toi. J’ai bien essayé de te demander ce qui se passait, parce qu’à la maison, ce n’est jamais si catastrophique. Mais comment toi, mon grand, du haut de tes 6 ans serais-tu capable de me dire que c’est parce que le bruit dans la classe t’empêche de te concentrer sur la voix du professeur? Que c’est parce que tu te forces tellement quand tu écris un mot que tu en perds des bouts ou tu en oublies des lettres? Que ta "tête se vide" comme tu dis sous la pression.

À tous les soirs, je te vois, assis à la table à réciter tes mots, écrire ces mêmes mots, réécrire tes mots parce que je ne lâcherai pas. J’ai trouvé toutes sortes de stratégies pour te motiver et t’aider. Avoir du plaisir en apprenant... Mais ce soir, mon coeur s’est serré. J’ai eu l’impression de faire tous ces efforts pour rien. J’ai eu l’impression de perdre mon temps à me chicaner avec toi à tous les soirs pour tes devoirs pour rien. Je me suis dit qu’au lieu de profiter de ta joie de vivre et de jouer dehors ou de faire des Légo avec toi, je m’empoissonnais la vie avec des mots de vocabulaire pour rien. Et j’ai eu de la peine, tellement de peine parce que j’aurais tellement voulu que ça soit facile pour toi. Tu es un garçon extrêmement intelligent et ce qui me blesse le plus dans tout ça, c’est que j’ai peur que tu crois un jour que tu ne l’es pas.  On dit parfois que l’échec peut être formateur, mais à part pour former ma peine et la tienne, pour l’instant je ne le vois pas.

Mais tu sais, mon grand, je suis fière de toi et je le serai toujours. J’essaie de te le dire le plus souvent possible, pour que toi aussi tu le sois et que tu ais confiance en toi. Et même quand mon coeur se serre, je ne lâcherai pas. Parce que je t’aime et que ça, je ne le contrôle pas, je le vis.


Adaptation du texte de "Carnaval Muet"
https://carnavalmuet.wordpress.com/2015/02/24/a-toi-mon-grand/

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