A chaque accident, incident, débarque de quelque sorte, une poque s'ajoute sur ton corps. Cette poque nouvellement ajoutée disparaitra avec le temps, elle finira par guérir et n'y plus paraître mais pas la blessure à mon cœur.
On nous l'avait dit quand tu étais en maternelle. C'était plus une remarque de quelqu'un qui en a vu d'autres qu'un avertissement. L'annonce s'était voulu préparatoire. Faite en toute bonne foi du "roi Dagobert", une personne que tu as beaucoup aimée, Coccinelle. Et le verdict est tombé à ta première année: hyperactivité qui mène à un problème d'attention. Verdict lourd à recevoir malgré tout ce qui a été mis en place pour t'aider en classe.
Les accidents aux repas de verre de lait renversé, de manche de chandail qui traine dans l'assiette parce que tu es incapable de rester assise en place plus de deux minutes sont monnaie courante en notre demeure. Mais ça, on fait avec et ce n'est que bagatelle au fond. Même tes acrobaties au parc, toujours grimper de plus en plus haut et virevolter dans la balançoire toujours plus vite ou plus en rond que jamais ne sont que de beaux jeux et te regarder aller si allègrement foncer, n'ayant peur de rien sont un spectacle pour les yeux. Tu rayonnes de bonheur à faire toutes ces stepettes! Mon cœur reste accroché au barreau manqué, au saut mal atterri, à la marche manquée à chaque fois, mais tu te relèves tout sourire pouce en l'air fidèle à ta joie de vivre!
Mais ce soir, ma progéniture, tu m'as assénée tout un coup. Ma cascadeuse en herbe, tu as fait un vol plané magistral, digne de toi. Trop excitée, tu as manqué ton coup sur cette acrobatie. Ton atterrissage m'a coupé le souffle autant qu'à toi. Le visage meurtri, le genou bleu, la main qui gonflait a vu d'œil et ton mal interne général nous ont montré le chemin de l'hôpital. On y a passé la nuit en observation, rien de cassé même si on en a eu bien peur et des bleus qui vont finir par guérir comme tous les autres, mais la marque laissée cette fois-ci sera longue à guérir dans mon cœur.
A chaque fois que je te demande de réfléchir avant de poser un geste, je vois bien que tu es sincère en disant oui, mais je vois bien aussi que c'est peine perdue et que la prochaine acrobatie est au tournant de la minute qui s'en vient. Quand je te dis "demande toi si ce que tu t'apprêtes à faire est brillant et pas dangereux" et que tu réponds oui, je vois bien dans tes yeux que tu es sincère mais aussi que la question ne te viendra pas avant la prochaine plonge qui finira inévitablement en pleurs.
De là tout le chagrin qui pèse lourd sur mon cœur en ce moment. La médication a sauvé ton année scolaire cette année parce qu'on avait épuisé toutes nos resources et idées de même que celles de ton professeure. Mais comme ton appétit en soufrait, on a pris la décision de ne pas te la donner à l'été et de gérer ton énergie le mieux possible. La canaliser, la dépenser tout est possible en saison estivale qu'on se disait. Mais la frousse me prend et l'idée de te voir faire une dernière acrobatie m'effraie maintenant. Le fauteuil roulant du paraplégique aurait pu y être ce soir. Doit-on attendre qu'il y soit avant de t'aider? La reponse est évidente, mais la question du "pourquoi" demeure quand même.
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